Il ouvrit la porte à la
volée. Un jeune homme brun, de belle allure, pénétra dans la cabine
du Capitaine des Jardins aux Oiseaux.
- Qui t’a informé, Elros ? Interrogea Bryce d’un ton
distant.
- Vous n’étiez pas seul, Capitaine... ‘Scusez de mon
intrusion... s’esclaffa le jeune homme d’une voix
coquine qui rendait son visage piqueté de tâches de rousseur plus
malicieux encore, je ne voulais pas vous déranger. Vous exprimerez
auprès de la lady qui vous accompagnait tous mes plus
profonds...

- Je suis seul Elros, coupa Bryce agacé, qui t’a informé
?
- Ankor. J’ai réussi à me faire engager sur l’Albatros.
Il doit la rencontrer pour l’échange cet après midi.
- Comment as-tu réussi à te défier de sa surveillance ? Ankor est
prudent. Et méfiant.
- Je suis plus malin que vous ne le pensez, Capitaine.
Bryce détailla quelques instants le visage espiègle de son jeune
acolyte. Une onde tranquille flottait au fond de son regard clair,
avant qu’une flamme ne l’éclaire subitement d’une
étincelle malicieuse. Presque mutine.
- Vous allez vous y rendre ?
- Ne te fais pas repérer. J’ai encore besoin de tes
informations, Elros. Je t’ai mandaté pour infiltrer
l’un de ces vaisseaux pirates. Et je suis mandaté par le
gouvernement pour interrompre ces actes de piraterie. Evidemment
que je vais m’y rendre.
- Et vous arrêterez Madame la Comtesse des Aiglefins ?
Quelque chose d’étrange vibra dans les iris sombres de Bryce
des Jardins aux Oiseaux. Un sentiment indescriptible qui mêlait
autant de détermination que de tension. De résignation. Et tout se
bousculait en lui. Scellé en une seule et même émotion.
- Sortez, Elros. Je vous retrouve à 15h à la Taverne des
Moussaillons.
Le jeune homme s’inclina rapidement avant de
s’envelopper le visage dans une lourde écharpe de laine
élimée pour quitter la cabine du chef de la police.
- Arrêter la Comtesse des Aiglefins ?
Bryce secoua la tête avec un rire amusé. Il se servit un verre de
vin, du fond d’une bouteille oubliée au coin de son bureau.
Il observa le jeu de lumière qui se formait à sa surface en le
faisant tournoyer à la lueur des bougies. Le regard pétillant des
songes qui étaient en train de le peupler. Et le but d’un
trait. Comme un hommage. Une trinque à laquelle il se
préparait.
- Non... T’arrêter gâcherait le plaisir que j’ai à te
poursuivre, Carolyn des Aiglefins... murmura-t-il les yeux fixés
sur la porte qui venait de se refermer.

Trisakela
ven 27 fév 2009 18:52