Il était 15 heures précises
lorsque Carolyn entra dans la Taverne des Moussaillons. Seule. Elle
jeta un regard bref. Suspicieux. Qui balaya rapidement la salle
d’un air faussement distrait.
Ankor était là déjà. Près de la bibliothèque,. Dans un coin retiré
des affres bruyantes et bourdonnantes des tables d’ivrognes
et des rires saouls. Assis sur une banquette avec cet air arrogant
et tellement sûr de lui qu’il aimait afficher.

- Avez-vous apporté la marchandise, Comtesse ?
Un rictus tordit la cicatrice qui barrait la joue de Carolyn. Sans
un mot, elle sortit de sa besace quelques tubes de métal dorés et
rouillés, grossièrement assemblés à l’aide de clous de
tapissier. Ankor, observa le contenu de chacun d’entre eux
sous la surveillance des hommes qu’il avait emmené.
Concentrés qu’ils étaient à fixer le hublot qui perçait
chacune des boites de métal pour y apercevoir la qualité et la
pureté de la marchandise.
- Votre prix, Madame ?
- A celui habituel, j’y ajouterai un baiser, confia Carolyn,
une aura narquoise bouillonnant au fond de son iris.
Ankor étouffa un rire. Son œil aveugle l'empêchant alors de
remarquer un fauteuil qui venait de se retourner devant la
cheminée.
Il s'apprêtait à payer le tribut que la Comtesse venait de lui
imposer lorsqu’une voix par trop familière résonna à son
côté.
- Bonsoir, Carolyn des Aiglefins.

Bryce se tenait dans une posture tranquille. Victorieuse.
Les pirates disparurent rapidement à travers les pièces ouvertes de
la taverne... Comme une trainée de poussière soulevée par les
vents. Même si certains se firent cueillir par les policiers qui se
mirent à émerger de tous côtés avec l’apparition du Capitaine
au visage d'ange.
Ankor, n’était nullement effrayé. Nullement inquiet. Il se
courba galamment vers Carolyn et apposa un baisemain sur les doigts
raffinés de la Comtesse...
- Je règlerai ma dette, Madame... En son temps, soyez-en
sûre...

Il lui envoya un dernier regard empli d'un désir espiègle avant de
s’enfuir.
Carolyn commença alors à filer. Ecoutant les pas de Bryce qui la
poursuivait. Plus proches. Elle s’engouffra dans un couloir
sombre. Qui déboucha sur une pièce close. Sans porte dérobée, ni
fenêtre. Une sorte de boudoir...
Il apparut. Derrière elle. Elle ferma les yeux. Se laissant envahir
par la sensation de sa présence silencieuse. Dans
l’encadrement de cette porte unique. Au bout du corridor. Au
bout de la course.
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Date de création : 25/02/09 Dernière mise à jour : 10/03/10 20:32 / 144 articles publiés