Dès le lendemain, elle le retrouva au fond du potager, en train
de ramasser des haricots. Sans un mot, elle s’installa dans
la rangée d’à côté et commença à l’aider.
Lorsqu’ils eurent terminé, il se redressa en se tenant les
reins et lui sourit.
« Votre mère venait toujours m’aider quand elle était petite,
elle aussi. Elle aimait tellement cet endroit!
- Alors, pourquoi ma mère a-t-elle coupé les ponts avec son
grand-père alors ? »
Le jardinier soupira, jeta un coup
d’œil vers la cuisine de sa femme et s’assit sur
le banc.
« Assieds-toi, petite ! j’espère que ça ne te gêne pas, que
je te tutoie, mais tu ressembles tellement à ta mère, que
j’ai l’impression de la retrouver. On a eu tant de
peine quand on a appris cet accident… Enfin, elle a vécu
heureuse, hein ?
- Très heureuse avec mon père, je crois… Mais que
s’est-il passé ici ?
- J’espère que ça ne te fera pas fuir, mais si tu es
là, c’est qu’elle ne t’a rien dit. Elle n’a
pas eu le temps… Toutes les femmes qui héritent d’ici
finissent folles… La mère du vieux baron s’est
suicidée, ta grand-mère est morte dans un asile
d’aliénés… Et ce n’est que la fin d’une
longue série… J’adorerai te garder ici avec nous, mais
je préférerais te savoir vivante et loin…

- C’est une plaisanterie ! Et c’est pour ça que
ma mère est partie ? Pour une histoire de… de quoi
d’ailleurs ?
- Ta mère est partie parce que le vieux baron a voulu lui
transmettre l’héritage à la mort de Blanche, ta grand-mère.
Il disait qu’elle aurait la force d’esprit de vaincre
la malédiction… Ta mère a tenu quinze jours, puis elle a
refusé de rester au manoir. Elle est partie faire des études et
n’a jamais accepté de revenir ici.
- C’est quoi, cette malédiction ? Qu’est-ce qui
les a rendues folles ? »
Henri baissa la voix, jetant un regard furtif
autour de lui.
- Il y a un revenant qui hante les héritières du
château… Si tu commences à entendre des voix, suis
l’exemple de ta mère, et fuis loin d’ici… Laisse
tout tomber ! Zut ! Voilà Louise ! Pas un mot de tout ça, promis
?
- Promis… »
Anxieuse, Emilie partit se promener vers le
petit bois qui jouxtait la propriété. Toute cette histoire lui
aurait semblé être un tissu d’âneries si elle n’avait
déjà entendu cette fameuse voix… Et vu cette
silhouette… Elle s’allongea dans l’herbe et
ferma les yeux quelques instants.

« Hé ho ! Réveillez-vous ! Tout va bien ? »
Emilie ouvrit les yeux et se redressa avec
difficulté sur les coudes.
« Oups ! Je crois bien que je me suis endormie !
murmura-t-elle.
- Et sur la propriété de mes parents ! fit la voix masculine
rieuse derrière elle. Quel joli tableau d’ailleurs ! »
Elle secoua la tête, l’esprit encore
engourdi et observa avec attention l’inconnu qui lui souriait
d’un air charmeur, adossé contre un arbre. L’homme
n’avait sans doute pas plus d’une trentaine
d’années et ses yeux gris pétillaient de malice. Il
s’avança en lui tendant la main et elle la prit pour se
relever.
« Marc Masevaux, j’ai passé l’inspection ?
- Tout à fait ! rétorqua-t-elle avec amusement. Vous
n’avez pas l’air d’un croque-mitaine. Je suis
Emilie Coulonges, je faisais le tour du manoir et j’ai bien
peur d’ignorer les limites de ma nouvelle demeure.
- Nous sommes donc voisins ! fit-il d’un air songeur.
Vous êtes l’héritière ?
- Et je n’ai pas peur des fantômes !
- On vous a donc raconté la malédiction ? Et vous
n’avez pas fui ? »
Emilie éclata de rire.
« En fait, on m’en parlé après que j’ai accepté de
venir habiter ici… C’était trop tard, non ?
- En tout cas, si vous voyez un revenant, faites moi signe !
Je suis historien médiéviste, et j’aurai des tas de questions
à lui poser ! Bref ! J’étais venu porter "ça" à la vieille
Louise de la part de ma mère… fit-il en désignant un panier
de champignons.
- Je lui donnerai si vous voulez ! proposa Emmy, et Marc
accepta d’un air soulagé.
- Merci beaucoup, aujourd’hui je suis très pressé, je
dois ramener mes nièces à la gare. Elles ont quatorze et seize ans
et nous en ont fait voir de toutes les couleurs ! Je suis bien
content de les rendre à leurs parents ! Mais à très bientôt, jolie
voisine ! »

Il disparut dans le bois et Emilie secoua la tête : un héritage,
une malédiction, un fantôme qui appelle à l’aide et un voisin
charmeur… Et charmant ! Ça faisait beaucoup, quand même
!
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Date de création : 25/02/09 Dernière mise à jour : 10/03/10 20:32 / 144 articles publiés
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Tous les commentaires de l'article:
04 (La malédiction du manoir)
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Ca fait beaucoup, tu m'étonnes !
Mais c'est palpitant ^^
SheZeve
jeu 07 mai 2009 18:41