Il s’approcha. Comme à
chaque fois... Il fit glisser ses mains autour de son visage.
Lentement. Comme à chaque fois... Les enroulant autour de sa nuque
pour mieux la conquérir. Garder sur ses paumes la sensation de son
parfum. De sa peau. Comme à chaque fois...
- Je t’ai attrapée, murmura-t-il, mêlant son souffle à celui
de la jeune femme qui restait obstinément immobile.

Elle le fixait. De son œil unique et clair. Quasi
translucide. A travers lequel elle était capable de se livrer
autant que de se fermer. Se livrer. Uniquement à lui. Parce
qu’on est toujours rattrapé par son destin... Par sa raison
de vivre... Et que c’est à travers cette vie qui
s’insuffle que l’on respire. Que l’on se sent
vivant. L’un comme l’autre. L’un pour
l’autre. Bryce à Carolyn. Carolyn à Bryce.
Les mains du capitaine l’enveloppaient maintenant
entièrement. Avec une douceur et une puissance qui hésitait entre
la caresse et la brisure. L’amour et la mort. Le début et la
fin.
08 (Attrape-moi si tu peux...) posté le mercredi 25 février 2009 16:39
09 (Attrape-moi si tu peux...) posté le mercredi 25 février 2009 16:41
Mais tout ne devait être qu’un éternel recommencement. L’étau se resserra autour du cou de la Comtesse des Aiglefins. Il l’attira d’un mouvement sec et précis contre son visage. Et comme à chaque fois, Bryce posa un baiser qu’il ne pouvait contenir sur les lèvres de la Lady borgne.

Parce qu’il ne restait après la traque que l’excitation
de l’avoir vécue.
Il ne restait que le désir de se chasser.
De se fuir.
De se trouver.
De se séparer.
Sublimé par l’instant particulier où chaque fois il lui
murmurait « je t’ai attrapée ». Encore...
Où chaque fois elle s’offrait. Docile. Lui faire croire
qu’il avait gagné. Cette nuit. Car il n’y a de plaisir
à s’échapper que lorsque l’on sait la capture possible.
Et s’il y avait une chose qui intéressait Carolyn, une seule,
c’était d’être capturée par Bryce. Encore et encore.
Jusqu’à l’épuisement...
10 (Attrape-moi si tu peux...) posté le mercredi 25 février 2009 16:42
Il dormait toujours
lorsqu’elle se réveilla. Les corps encore collés par la sueur
et leurs odeurs qui s’étaient mélangées. Ce temps où la loi
et le crime n’avaient fait plus qu’un. Elle se pencha.
Silencieusement. Admirant ce visage d’ange qui respirait
paisiblement. Bryce au visage si parfait. Carolyn au visage
abîmé.
Elle s’approcha afin de déposer ses lèvres sur les siennes.
Et s’imprégner de l’arôme qui s’exhalait de sa
peau. Le conserver à travers un baiser. Jusqu’à la prochaine
fois.

Il ouvrit vivement les yeux, et tira l’épaisse chevelure
noire en arrière. Elle détestait cette seconde. Celle où il lui
révélait qu’il ne dormait pas. A l’affût. Lui prouvant
que c’était lui qui prenait et non elle qui choisissait. Elle
le redoutait autant qu’elle le désirait. Car dans les
prunelles de Bryce, rien jamais ne brillait avec autant de
détermination qu’en cet instant. Ce regard froid et dur,
implacable, perdu au milieu de l’infinie douceur des traits
de son visage.
Lui non plus ne se laissait pas capturer. Et c’était toujours
au moment où elle s’interrogeait sur le fait qu’elle
pouvait peut être l’aimer qu’il la ramenait face à la
plus stricte réalité.
- Pars.
- Bryce...
- Va-t-en.
Elle se redressa sans chercher à cacher les courbes de sa nudité.
Eclairée par la pâle lueur de la Lune. Et celle encore un peu
orangée des bougies qui finissaient de fondre sur la table de
chevet.
- Donne-moi une raison de te retrouver, Carolyn. Donne-moi une
raison d’exister.
Elle noua ses doigts entre les siens. Une expression oscillant
entre nostalgie et plaisir sur ses lèvres. Elle joua quelques
minutes avec la main qu’il avait consenti à lui
abandonner.
Elle se leva.
Il s’était rendormi.
11 (Attrape-moi si tu peux...) posté le mercredi 25 février 2009 16:44

Il se tenait debout. Près de cette fenêtre dont le carreau
n’avait plus qu’une transparence trouble et brumeuse.
Envahi de la fumée qui se collait avec la poussière entre chacune
des fibres du verre. Prisonnière.
Il était nu encore. Le corps moite de cette nuit sans sommeil qui
restait imprimée sur sa peau avec cette culpabilité, cette fièvre.
Cette odeur. Il pressa plus fort le papier qu’il tenait entre
ses doigts. A le déchirer.
Bryce esquissa un sourire léger. Presque un rictus. De son visage
d’ange, qui gardait la candeur trompeuse des traits de
l’enfance, brillait un regard noir qu’il jeta une
dernière fois au-delà des nuages.
Il déposa un baiser sur la boule de papier que la moiteur de sa
main désagrégeait mollement. Mais, un enfant, cela faisait des
années qu’il n’en était plus un. D’un geste vif
et routinier, il la lança dans les braises rougeoyantes de la
cheminée. Effaçant les quelques mots qu’elle avait
griffonnés. Les mêmes. Toujours. En attendant que l’on vienne
cogner à sa cabine... En attendant de retrouver les restes épars de
ses vêtements que la veille avait égarés... En attendant une
nouvelle taverne... Une nouvelle descente...
« Attrape-moi si tu peux,
Bryce des Jardins aux Oiseaux... »
"Première Rencontre"....... by zohus (Première Rencontre......by zohus) posté le samedi 28 février 2009 17:52
Depuis que tu es entré dans ma vie, rien ne va plus. J’ai
perdu tous mes repères, je ne sais plus qui je suis, où je vais, ni
comment faire. Tu m’as totalement déboussolée, déstabilisée,
désarmée.

Et pourtant tu es l’homme de
ma vie. Tu le seras toujours. Personne ne sera jamais plus
important que toi à mes yeux.
C’est sûrement pour ça que j’ai sombré dans une telle
déprime. J’ai peur de ne pas être à la hauteur. Et cette peur
me paralyse. Je crains de me tromper, de mal faire. Je t’aime
tellement. Je t’ai aimé dès l’instant où je t’ai
vu. C’est la première fois que j’aime si fort, et cet
amour m’a submergée d’un coup, je n’étais pas
préparée. Il était trop grand pour moi.

Je n’ai
jamais été très sûre de moi. J’ai souvent l’impression
de gêner, de ne pas être à ma place. Alors le moindre complexe me
rend encore plus mal à l’aise.
Lorsqu’on s’est rencontrés, j’étais mal dans ma
peau. Il faut dire que j’avais pris beaucoup de poids ces
derniers temps, je n’étais pas au meilleur de ma forme.
J’étais épuisée.
Mais tu ne m’as pas jugée. Tu m’as aimée
instantanément, comme si tu n’avais pas le choix.
Et puis cette intimité que nous avons partagé très vite, je me suis
forcée à me dire que c’était naturel, que c’était dans
l’ordre des choses que je me mette à nu devant toi, dans tous
les sens du terme. Mais ce n’était pas évident pour moi, qui
ait toujours mis du temps à me dévoiler. Pour toi, j’ai mis
ma pudeur de côté dès notre première rencontre.
Les conditions n’étaient pas idéales non plus, le contexte
était angoissant. Si on m’avait dit un jour que je
rencontrerai l’amour de ma vie à l’hôpital, dans un
moment d’atroces souffrances… C'est loin d'être
idyllique comme circonstances. Les médecins ne comprenaient pas
pourquoi j'étais dans un tel état. J'avais tout ce que j'avais
toujours désiré. J'avais tout pour être heureuse. Je t'avais enfin
rencontré, toi que j'attendais de connaître depuis de longs
mois.

La suite ne fut guère plus joyeuse.
J’ai douté, à chaque instant, j’ai douté de moi, de mes
capacités à être à la hauteur de notre relation. Je ne sais pas
pourquoi j’avais cette trouille bleue, puisque toi, tu ne
semblais pas être tellement inquiet. Tu ne remettais rien en cause,
tu prenais les choses comme elles venaient.
Mais je sais bien que tu ressentais ma peur au fond de toi, elle
était si grande qu’elle inondait tous ceux qui
m’entouraient. Maintenant je culpabilise d’avoir
douté.
Mais j’ai compris, ça y est. Je sais que je n’ai pas
été aussi forte que j’aurais dû me montrer, mais ce sont des
choses courantes d’après les médecins. Le diagnostic était
évident : baby blues.

J'ai mis du temps à m'en remettre.
J'avais du mal à accepter ma faiblesse. Non seulement j'avais peur,
mais en plus, inconsciemment, je te le repprochais. Et je m'en
veux, car tu n'y étais pour rien. J'ai eu des moments très
difficiles ces neuf derniers mois, mais sache que je ne regrette
rien. Je ne regrette pas de t'avoir mis au monde, mon fils.
Ton père ne le regrette pas non plus ! Il était désemparé lui aussi
devant mon état de déprime, mais il m'a soutenu du mieux qu'il
pouvait. Aujourd'hui, nous sommes encore plus proches, grâce à
toi.

Cette épreuve a été difficile,
notre rencontre ne s'est pas déroulée aussi bien que je l'espérais.
Elle n'est pas parfaite, mais avec du recul, je t'assure qu'elle
n'en est pas moins magique.
Notre première rencontre était si forte en émotion qu'elle m'a
bouleversée au point de me faire perdre le contrôle de moi-même.
Mais elle restera toujours notre plus belle
rencontre.

***




