Il renifla les cheveux qui
débordaient du béret élimé avec une grimace. Lorsqu’il le lui
arracha, le tout tomba d'une seule masse dans le dos de la jeune
femme.
Il fouilla plusieurs tiroirs avant de dénicher des flacons et des
onguents qu’il déposa sur le parquet.
- Assied-toi, ordonna-t-il en désignant le sol.
- Tu vas pas me déshabiller hein ? Je suis une honnête fille moi !
Je veux voler, c’est vrai, mais j’suis pas prête à tout
non plus pour...
- Assied-toi Winona, répéta-t-il sèchement.
Elle s’exécuta. Avec une expression de contrariété mêlée
d’inquiétude sur le visage. Voilà qu’elle était bien
maintenant. Ca lui apprendrait à suivre n’importe qui dans
les rues, simplement parce qu’il porte des habits de
pilote.
S’il la touchait, elle hurlerait. Juré. Elle hurlerait. Et
elle le mordrait. Jusqu’au sang !
Elle sentit ses mains courir dans ses cheveux. Il y avait presque
de la tendresse dans ses gestes. Winona s’adoucit
légèrement.

- Qu’est ce que tu fais, Elros ?
- Je regarde si tu as des poux.
Elle se redressa d’un bond et lui envoya une claque
monumentale dans le même mouvement.
- Goujat ! Comment oses-tu parler à une dame sur...
Elle s’interrompit devant la mine concentrée
qu’il affichait. De toute évidence, non seulement il
n’avait eu cure de la gifle, mais en plus, il
n’écoutait strictement rien.
Il la saisit par son écharpe et l’assit vigoureusement dans
un fauteuil posé face à un long miroir.
- Tu ne veux pas te laver ? Soit. Mais tu ne m’empêcheras pas
de te décrasser le visage, petite souillon.
04 (Pygmalion) posté le vendredi 06 mars 2009 12:39
05 (Pygmalion) posté le vendredi 06 mars 2009 12:41
Il n’y avait cette fois
plus aucune douceur dans ses gestes. Elle eut l’impression
d’être un plat à gratin qu’il récurait à la paille de
fer. Elle tenta tout d’abord d’exprimer son
mécontentement, mais lorsqu’elle ouvrit la bouche, elle
engloutit un demi-litre de savon. Donc elle se tut.

06 (Pygmalion) posté le vendredi 06 mars 2009 12:42
La cible suivante fut ses
cheveux. Il trancha dans la masse à coups de ciseaux, tant
certaines parties étaient crêpées et irrécupérables. Il utilisa
deux flacons de shampooing et la rinça en lui plongeant la tête
dans la bassine, la maintenant fermement tandis qu’elle se
débattait.
- Tu cherches à me noyer ou quoi ! braillait-elle entre deux
bouillons qui la nettoyaient du savon qu’elle avait encore
dans le gosier.
Il l’arrosa copieusement de vinaigre et d’essence de
lavande (dans le doute, pour les poux), et termina par une cuillère
d’huile d’olive afin de faire briller
l’ensemble.
Il la saisit des deux côtés de la tête, froissant la chevelure
entre ses doigts.
- Ca commence à prendre forme, constata-t-il fièrement pour lui
même, sans prêter attention au grognement qui lui répondait.

07 (Pygmalion) posté le vendredi 06 mars 2009 12:43
Puis ce fut le
maquillage.
Dans la cabine du Vicomte Ankor des Vents Changeants, Elros dénicha
un trousseau oublié par l'une de ses innombrables maîtresses à la
suite d’une soirée un peu arrosée. Fort de son trophée, il
revint achever la transformation de Winona.
Elle protesta une dernière fois avant qu’il ne lui ferme la
bouche en pressant ses doigts sur ses joues pour lui appliquer le
rouge à lèvres qu’il venait de choisir.

08 (Pygmalion) posté le vendredi 06 mars 2009 12:45
C’était terminé.
Il admirait à présent le résultat. Une fois rincée, une fois
coiffée, une fois pomponnée, il fut presque étonné de découvrir
qu’il se cachait une femme sous cette couche de suif
qu’il s’était évertué à gratter. Une jolie femme qui
plus est.
Et c’était lui qui l’avait créée. Comme on sculpte une
statue. Comme on peint un portrait.
Il se laissa surprendre. Surprendre par le plaisir qu’il
avait pris à la transformer, tout au long de cette après midi. Et
par cette fierté qu’il en tirait.
Il fit pivoter le fauteuil où elle se tenait toujours assise pour
qu’elle puisse se voir dans le miroir qui se tenait près
d’eux.
- Vous voilà bien belle, madame, avoua-t-il tandis qu’elle ne
reconnaissait pas.
Elle n’était plus cette poupée qu’il avait manipulée
avec si peu de manières.
- Tu me vouvoies maintenant ?

Elle se leva pour mieux se regarder encore. Gênée par l’image
que ce miroir lui renvoyait.
- C’est moi ! C’est moi ?
Une image qui n’était pas la sienne. Elle n’était pas
elle. Mais la jeune personne qu’elle voyait soudain à travers
cette glace la flatta au plus haut point... Elle passa une main
dans le chignon qu’il avait noué sur sa tête... Puis, elle
chercha à retrouver les traits de son visage. Incapable
d’identifier cette peau d’ivoire que la poussière avait
dissimulé toutes ces années.
- J’suis une lady ! se gaussa-t-elle avec un accent
épouvantable.
La réalité de sa voix et de ses manières retomba sur Elros comme
une chape de plomb. Enveloppée dans ses guenilles déchirées, Winona
avait un visage de princesse sur une allure de mendiante.
- Hum, marmonna Elros, il y a encore du travail...
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Je crois qu’il est urgent de faire quelque chose pour tes
vêtements...




